Vente en ligne de médicaments

Comment déjouer les pièges des sites illicites ?

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Publié le 29/01/2015
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Pour les patients, commander des médicaments sur Internet peut paraître bien simple, surtout dans les pays où la vente des médicaments de prescription en ligne est autorisée. Mais on le sait, la démarche n’est pas sans risque. Une étude anglaise confirme, preuves à l’appui, que la grande majorité des sites ne sont pas réglementés et ne garantissent donc pas une dispensation de qualité.

PEUT-ON commander sur Internet, et sans risque, des médicaments de prescription médicale obligatoire ? Oui, mais pour ce faire, mieux vaut passer par un site réglementé, recommandent les auteurs d’une étude britannique (publiée dans la revue « Internal Journal Of Clinical Pharmacology », publication en ligne, 7 janvier 2015). Rappelons cependant qu’en France, ce sujet n’est pas tout à fait à l’ordre du jour, seule la vente de médicaments non soumis à prescription obligatoire étant actuellement autorisée. Néanmoins, rien n’empêche un internaute de commander sur une e-pharmacie déclarée à l’étranger… De plus, la situation française pourrait bien évoluer à terme. Et se rapprocher, par exemple, de la législation de la Grande-Bretagne, qui autorise depuis 1999 la vente en ligne pour tous les médicaments, sans obligation d’être rattachée à une pharmacie ayant une existence physique.

Dans ce contexte, l’étude menée par des chercheurs britanniques montre tout son intérêt : elle analyse l’offre de vente en ligne de médicaments sur 113 sites d’e-pharmacies.

Trois quarts des sites non réglementés.

Dans le détail de l’étude, les auteurs ont cherché à commander trois molécules médicamenteuses via Internet : le diazépam (Valium et génériques) connu pour son risque d’abus médicamenteux, la fluoxétine (Prozac et génériques) qui possède de nombreuses interactions médicamenteuses, et la simvastatine (Zocor et génériques) qui demande un suivi et des conseils accompagnant la délivrance.

Bilan : en surfant sur les versions anglaises des moteurs de recherche Google ou Yahoo, les auteurs ont sélectionné 113 sites de vente en ligne de médicaments. Avec quelques surprises. Plus des trois quarts n’étaient pas des sites réglementés (85 sites). Parmi les 25 sites qui vendaient du diazépam, seulement 8 imposaient une quantité limitée d’achat. « Ainsi, le consommateur peut s’automédiquer, ce qui peut mener, avec les benzodiazépines, à l’apparition de dépendances psychologiques et physiologiques », indique Bassam Al Won (pharmacien chercheur, université d’East Anglia, Grande-Bretagne), coauteur de l’étude. Pour la fluoxétine et la simvastatine, la limite d’achat pouvait monter jusqu’à 200 boîtes, voire plus, et certains sites proposaient en plus des remises en fonction de la quantité commandée ! De plus, les sites non réglementés proposaient parfois des échantillons gratuits de médicaments, comme le sildénafil. À tout le moins, la démarche n’apparaît pas très déontologique…

Réglementé ou non, quelles différences ?

Les auteurs préconisent donc d’avoir recours aux sites réglementés afin d’éviter les problèmes. Toutefois, il n’est pas toujours facile de s’assurer qu’un site est bel et bien réglementé. Normalement, pour le savoir, il suffit de vérifier la présence d’un logo sur le site qui renvoie (lorsqu’on clique dessus) sur le registre des e-pharmacies autorisées par le pays d’origine du site. Mais certains sites illicites utilisent des faux logos sans aucun lien à cette liste des sites réglementés. De plus, en comparant les sites réglementés ou non, on remarque que les sites non réglementés omettent souvent de fournir un numéro de téléphone valide (invalide dans 25 % des cas) ou d’indiquer le nom (absent dans 57,6 % des cas) ou l’adresse de la pharmacie (absente dans 68 % des cas). Il sera alors plus difficile pour le consommateur, en l’absence de ces données, de se retourner contre ces sites en cas de problème.

Prudence encore lorsque ces mentions sont par trop imprécises. Certains sites rusent en effet en indiquant de fausses adresses et en mettant des photos de la e-pharmacie peu précises (un gratte-ciel dans San Francisco, par exemple), histoire de brouiller les pistes. « En cas de doute, il est judicieux de vérifier que l’adresse de contact et les numéros de téléphone indiqués sont bien réels », indiquent les auteurs.

D’autres éléments permettent au consommateur d’y voir un peu plus clair. Notamment, si le site demande une copie de l’ordonnance accompagnant votre commande, cela est plutôt bon signe ; en effet, une ordonnance n’est demandée que sur 13 % des sites non réglementés versus 81,5 % des sites réglementés.

Non fiables : les infos produits et questionnaires patients.

En revanche, il ne faut pas se fier aux informations données sur la sécurité du produit (précautions à prendre, interactions médicamenteuses), qui ne sont pas un gage de sérieux. Curieusement, elles sont même souvent plus détaillées sur les sites non réglementés !

Idem pour les questionnaires patients à remplir en ligne avant la commande. Ceux-ci semblent faire figure de leurre : en général les cases sont précochées et le client n’a qu’à valider le document pour accéder à la commande. De plus, rien ne dit que ce questionnaire soit relu par un professionnel de santé avant de valider la commande.

CHARLOTTE DEMARTI

Source : Le Quotidien du Pharmacien: 3149